Caméras 360°, reconnaissance faciale, drones intégrés, lecture auto des plaques à 95% de précision. Le Maroc vient de mettre en service à Rabat ses premières patrouilles de police intégrant l’intelligence artificielle. Baptisés “Amane” et “Madar”, ces véhicules intelligents made in DGSN seront bientôt déployés à Casablanca et Tanger.
1. Amane et Madar : c’est quoi ces nouveaux “policiers IA” ?
Présentés en mai lors des Journées portes ouvertes de la DGSN, les véhicules “Amane” et “Madar” sont entrés en phase opérationnelle à Rabat. 100% conçus par les ingénieurs de la Direction générale de la sûreté nationale, ils transforment une simple patrouille en plateforme mobile de surveillance dopée à l’IA.
Amane, le “tout-en-un” :
- Vision 360° avec caméras grand angle
- Lecture automatique des plaques : identifie en temps réel les véhicules volés ou suspects, précision annoncée 95%
- Reconnaissance faciale en temps réel
- Drone intégré pour couvrir les zones inaccessibles au sol
Madar, le “transformer” :
Il convertit un véhicule de police classique en centre de surveillance mobile.
- Caméra panoramique à rotation rapide + caméras HD
- Mêmes briques IA qu’Amane : reconnaissance faciale, lecture de plaques
- Alertes géolocalisées envoyées directement aux unités sur le terrain
Tous les flux remontent vers Smart.VIEWER, la plateforme de commandement centralisée de la DGSN. Résultat : un tableau de bord temps réel pour coordonner les interventions.
2. Pourquoi le Maroc accélère sur la “Police IA” maintenant ?
Face à des enjeux de sécurité de plus en plus complexes – trafic urbain, grands événements, lutte contre la criminalité – la DGSN mise sur le numérique pour gagner en réactivité.
3 objectifs affichés :
- Automatiser l’identification : plaques, visages, comportements suspects sans mobilisation humaine H24.
- Raccourcir le temps de réponse : l’alerte part du véhicule IA vers le centre de commandement et les patrouilles proches en quelques secondes.
- Souveraineté technologique : Amane et Madar sont développés en interne. Le Maroc ne dépend pas d’un fournisseur étranger pour son IA de sécurité.
3. Déploiement : Rabat en pilote, Casablanca et Tanger en ligne de mire
Après Rabat, la DGSN prévoit d’étendre le dispositif à Casablanca et Tanger, puis progressivement aux grandes villes du Royaume.
Ce calendrier n’est pas un hasard. Le Maroc accueillera la CAN 2025 et co-organisera la Coupe du Monde 2030. Amane et Madar sont vus comme des outils clés pour sécuriser les flux de supporters, les fan zones et les axes routiers.
4. IA et sécurité : opportunité ou débat ?
L’arrivée de la reconnaissance faciale mobile pose les mêmes questions qu’en Europe ou en Chine : efficacité vs vie privée.
Ce que dit la DGSN : le système cible les véhicules et individus recherchés, sur base de fichiers légaux. L’objectif est la “réponse rapide”, pas la surveillance de masse.
Ce que disent les experts : l’enjeu sera l’encadrement juridique. La précision à 95% laisse 5% d’erreur. Qui contrôle les bases de données ? Quelle durée de conservation des images ? Le déploiement à grande échelle à Casa et Tanger sera un test grandeur nature.
Le point positif : contrairement aux importations clé-en-main, le fait que l’IA soit développée par la DGSN permet un audit et une adaptation locale des algorithmes.
5. Le Maroc dans la course africaine à la Safe City
Avec Amane et Madar, le Maroc rejoint le club des pays africains qui musclent leur sécurité par l’IA : Rwanda avec ses drones de police, Nigeria avec ses caméras intelligentes à Lagos, Afrique du Sud avec la reconnaissance de plaques.
La différence marocaine : le “made by DGSN”. Là où beaucoup de villes achètent chinois ou israélien, Rabat code sa propre IA. Un signal fort pour la souveraineté numérique du continent.
Et pour le Cameroun ? La Délégation Générale à la Sûreté Nationale observe. Douala et Yaoundé, avec leurs défis de circulation et de sécurité urbaine, pourraient être tentées par des solutions similaires.

