Le gouvernement nigérian tourne la page chinoise et confie la fabrication de deux nouveaux satellites de haut débit à Thales Alenia Space et Israel Aerospace Industries. En plein renouvellement d’une flotte vieillissante, Abuja tente de sécuriser sa connectivité tout en jouant les équilibristes diplomatiques.
En donnant son feu vert à l’acquisition des satellites NIGCOMSAT-2A et NIGCOMSAT-2B, le Conseil exécutif fédéral du Nigeria orchestre un virage stratégique majeur pour l’orbite africaine. Ce projet, dont les lancements sont échelonnés entre 2028 et 2030, vise d’abord à remplacer NigComSat-1R, le satellite national mis en service en 2011 et approchant inexorablement de sa fin de vie théorique. Pour Abuja, la priorité absolue reste de désenclaver les zones rurales, d’appuyer le déploiement des réseaux terrestres et de garantir la résilience des communications critiques liées à la sécurité nationale.
Ce choix industriel marque surtout une rupture nette avec Pékin, qui avait pourtant conçu et lancé les deux premiers appareils du pays. Échaudé par la panne précoce de NigComSat-1 en 2008 et désireux de ne plus dépendre d’un seul fournisseur, l’opérateur public NigComSat diversifie désormais ses alliances technologiques. L’attribution du marché au duo franco-israélien Thales Alenia Space et Israel Aerospace Industries (IAI), combinée aux récents partenariats en orbite basse avec le géant Eutelsat, illustre la volonté de la première économie du continent de garder la main sur ses propres flux de données.
Toutefois, la concrétisation de cette ambition spatiale reste suspendue à plusieurs zones d’ombre contractuelles et financières. Le gouvernement n’a encore divulgué ni le montant global de la commande ni le modèle de financement — qu’il s’agisse d’emprunt souverain ou de partenariat public-privé — dans un contexte budgétaire national particulièrement restreint. De plus, la présence d’un partenaire industriel israélien suscite déjà d’intenses débats géopolitiques au niveau local, tandis que le calendrier de livraison laisse une marge de manœuvre très faible face au vieillissement de l’infrastructure actuelle.
En diversifiant ses fournisseurs au détriment du partenaire chinois historique, le Nigeria cherche à transformer un simple impératif technique en un levier d’indépendance géopolitique. La réussite de ce pari spatial ne dépendra plus seulement de la qualité des ingénieurs, mais de la capacité d’Abuja à boucler rapidement le financement de ses ambitions avant l’extinction du signal de NigComSat-1R.