Le paysage de la mobilité en Afrique de l’Ouest est en train de vivre une mutation silencieuse, mais profonde. L’annonce des négociations avancées entre la start-up Gozem et la Société Financière Internationale (SFI) pour une levée de fonds de 21 millions d’euros n’est pas qu’une simple ligne de plus dans la rubrique « Tech & Business ». C’est le signal d’un changement de paradigme : celui où l’algorithme devient un outil d’émancipation sociale.
Plus qu’un trajet, un titre de propriété
Le programme « Drive-to-Buy » de Gozem illustre parfaitement ce que le numérique peut apporter de plus concret au secteur informel. Dans une région où l’accès au crédit bancaire est un parcours du combattant pour les conducteurs de taxis-motos, Gozem transforme la donnée numérique en garantie financière.
En permettant à un chauffeur de devenir propriétaire de son outil de travail sur 12 à 52 mois, la plateforme ne se contente plus de « disrupter » le transport ; elle crée une classe de micro-entrepreneurs. Ce modèle de location-vente, alimenté par les revenus générés en temps réel sur l’application, est la réponse technologique au déficit d’inclusion bancaire.
L’ambition d’un géant régional
Avec un déploiement ciblé au Bénin, au Togo, au Cameroun et au Congo, Gozem ne cache plus ses ambitions de « Super App ». En intégrant la livraison, le transport et bientôt davantage de services financiers, elle s’attaque à un gisement de 12 millions de conducteurs dans la sous-région.
Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est celui de la structuration. Le marché informel, souvent perçu comme une faiblesse structurelle, devient ici un terrain d’innovation. En digitalisant les flux, Gozem offre une visibilité économique à des milliers de foyers, tout en sécurisant un écosystème de transport autrefois totalement opaque.
Le défi de la maturité
Toutefois, cette montée en puissance soulève des défis de taille. Comment réguler ces nouveaux géants qui gèrent à la fois le transport, la finance et des masses de données personnelles ? Comment assurer que cette « flexibilité » offerte aux chauffeurs ne se transforme pas en une nouvelle forme de dépendance algorithmique ?
La réussite de Gozem sera un test de maturité pour les régulateurs africains. Si l’innovation va plus vite que la loi, elle doit néanmoins s’accompagner d’un cadre qui protège ces nouveaux travailleurs de la « gig economy ».
L’essentiel à retenir : Le numérique en Afrique ne doit pas seulement servir à commander un repas ou un taxi. Sa véritable mission — celle que semble embrasser Gozem — est de construire des ponts vers la propriété et la dignité économique. Si les 21 millions d’euros sont confirmés, c’est tout l’écosystème de la zone CEMAC et de l’UEMOA qui recevra un coup d’accélérateur salutaire.
