On ne le met pas sur le CV, pourtant on y passe tous 2 heures par jour.
À Ndokoti à 6h45. À Mvan à 17h30. À Mile 17 à Buea sous la pluie. On attend. On négocie. “1000 F ?” “Non, 1500, il y a l’embouteillage”. On s’entasse. On arrive en retard. On recommence le lendemain.
Idris Nfongang Tabi a calculé ce que cette attente nous coûte. En argent, en temps, en énergie. Et il a décidé de la tuer.
Pas avec des bus. Pas avec des motos. Avec ce qui existe déjà : les voitures vides.
Le génie de Motowa n’est pas technique. Il est culturel.
Tout le monde a déjà fait du covoiturage au Cameroun sans le savoir. Tu vas à Yaoundé, ta tante te dit “mon fils va à Yaoundé, il a 2 places, tu lui donnes juste le carburant”. C’est ça, Motowa. Sauf qu’Idris l’a mis dans une application.
Son idée est d’une simplicité désarmante : chaque voiture qui roule à Douala avec 3 places vides est un bus qui s’ignore.
Motowa, lancée en 2023, ne crée pas de transport. Elle organise le transport qui existe déjà. Le conducteur qui va de Akwa à PK14 tous les matins publie son trajet. L’étudiante qui fait le même trajet réserve son siège. Prix fixe. Heure fixe. Pas de “on charge encore”.
En 2026, on ne devrait plus attendre le transport. C’est le transport qui devrait nous attendre. C’est ce que code Motowa.
Pourquoi c’est le moment le plus inspirant pour le faire ?
Idris n’est pas un rêveur. C’est un développeur pur. Diplômé de Buea en 2018, passé par Zinger Systems et même par l’Italie chez Datatellers. Il est aussi développeur principal chez Jalpha Health Tech. Il connaît le code qui sauve des vies et le code qui fait gagner du temps.
Il lance Motowa au pire moment et au meilleur moment :
Au pire moment, parce que le carburant est à 840 FCFA. Personne ne veut rouler pour rien.
Au meilleur moment, précisément pour la même raison. Parce qu’à 840 FCFA, aucun conducteur ne peut se permettre de rouler vide.
Il a transformé la crise du carburant en modèle économique. Le conducteur ne fait plus un détour pour gagner de l’argent. Il rentabilise le trajet qu’il faisait déjà. Le passager ne paie plus une course. Il cotise le carburant.
C’est 40% moins cher qu’un taxi. C’est 60% moins d’attente. Et c’est 100% camerounais.
La vraie leçon d’Idris pour tous les jeunes du 237
Ce que j’aime dans l’histoire d’Idris, ce n’est pas Motowa. C’est ce qu’elle nous dit sur l’innovation au Cameroun.
On nous a vendu qu’innover, c’est faire une app d’IA qui parle béti. Faux. Innover, c’est regarder le carrefour le plus laid de Douala – Ndokoti – et se dire : “Je peux optimiser ça”.
Idris n’a pas attendu une levée de fonds. Il a codé.
Il n’a pas attendu l’État. Il a publié.
Il n’a pas acheté une flotte. Il a utilisé la flotte du pays.
Il nous rappelle une vérité que Haut Débit défend depuis le jour 1 : La souveraineté numérique ne commencera pas quand on aura notre propre Starlink. Elle commencera quand on aura notre propre réponse à nos problèmes de tous les jours.
Tuer l’attente au carrefour, c’est plus qu’une startup. C’est rendre 2 heures de vie par jour à des millions de Camerounais. 2 heures pour travailler, pour étudier, pour vivre.
Et ça, ça vaut plus que toutes les licornes de la Silicon Valley.
Idris Nfongang Tabi n’a pas créé une application de covoiturage. Il a créé du temps.
Et au Cameroun, le temps, c’est ce qui nous manque le plus.
Et vous ?
Vous faites quel trajet tous les jours avec des places vides ? Dites-le nous en commentaire. L’équipe Haut Débit testera Motowa sur votre trajet cette semaine et publiera le résultat.
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